Entre le « plafond de verre », qui limite l’accès aux postes à responsabilité ; les « parois de verre », qui entravent la mobilité transversale dans une entreprise ; et le « plancher collant », dû aux inégalités économiques (temps partiels, emplois dévalorisés) ; les femmes ont de quoi se sentir à l’étroit dans leur vie professionnelle. Sans parler des discriminations légales pointées du doigt dans une récente étude publiée par la Banque mondiale où la Suisse pointe au 70ème rang sur 186 pays évalués. Construire un parcours épanouissant dans ce contexte demande courage et flexibilité. Pas facile mais possible !
Trouver des modèles inspirants fait partie des leviers pour développer sa carrière. S’affranchir de ses croyances également. Dans son livre « Choisissez tout » Nathalie Loiseau encourage les femmes : « Foncer. Saisir sa chance. Faire confiance à ceux qui vous font confiance. […] Prendre un job difficile, ce n’est pas se condamner à souffrir, c’est, au prix de vrais efforts, découvrir qu’on en est capable et qu’on peut y apporter quelque chose. » Refuser parce qu’on craint de ne pas être à la hauteur ? Parce qu’on a peur de se tromper ? Le complexe de la bonne élève reste encore bien ancré dans l’inconscient féminin : ne lever la main que si on est certaine d’avoir la bonne réponse, voire ne pas se manifester du tout, « c’est plus confortable, moins risqué, on ne sait jamais. » Il est temps d’oser ! Oser et accepter que tout ne soit pas parfait du premier coup.
Rester à sa place, ne pas déranger, on apprend aux filles à être sages et on valorise le courage chez les garçons. Ce n’est pas sans conséquence dans la construction de soi. De cette humilité si bien apprise et intériorisée découle le risque d’autocensure chez les femmes. Éduquées pour être passives et attendre le prince charmant, elles attendent de la même façon les promotions ou qu’on vienne les chercher. Leur travail parle pour elles, elles vont être récompensées pour leur mérite tôt ou tard. Sauf que leurs collègues masculins auront pris les devants pour demander cette fameuse promotion et l’auront obtenue. Ne pas faire valoir ses atouts professionnels sous prétexte que cela ne se fait pas pour une femme ? Les hommes n’hésitent pas et cela leur réussit. Pourquoi ne pas essayer de jouer le jeu selon les règles et communiquer clairement tout en respectant ses valeurs et avec ses mots ?
Les femmes s’emprisonnent dans des schémas et limitent leurs ambitions. Et celui du double perfectionnisme n’est pas des moindres : parfaites au travail et à la maison. Accepter l’imperfection joue un rôle clé pour Nathalie Loiseau. Quant à la conciliation de la vie privée et professionnelle, il s’agit plutôt de mener une réflexion globale sur l’organisation du travail et le sujet touche les mères, les pères et les couples séparés ou non. « Limiter la réflexion au problème des mères actives revient insidieusement à pointer du doigt les femmes comme étant le problème ».
Il est regrettable de constater que le plafond de mère existe aussi. Des discriminations peuvent se produire aussi bien avant, que pendant et après une grossesse ou un congé maternité. Ainsi une mère de retour de congé maternité se verra présenter un cahier des charges remodelé afin d’être compatible avec sa nouvelle situation. L’intention est louable mais l’intéressée a-t-elle été consultée ? En parallèle le cadre structurel doit répondre aux besoins bien sûr. En Suisse, les systèmes de garde et les horaires scolaires évoluent positivement, mais la situation reste encore souvent tendue pour les mères.
Parmi les pistes pour aider les carrières au féminin, j’aimerais également citer le mentoring. Un mentor ou une menta amène un solide bagage en termes d’expérience, il-elle va apporter de la vision, de la confiance en soi et du réseau à un talent en devenir, mais c’est aussi une oreille attentive et une force de proposition. Reposant sur l’échange et la transmission, le mentoring aide à passer à la vitesse supérieure et à donner de l’ampleur à son projet.
Quant au réseau, si la plupart des hommes le pratiquent naturellement, sans même s’en rendre compte quelques fois, les femmes hésitent, faute de temps surtout et ne sachant pas trop ce que ça va leur apporter. Un réseau, c’est créer du lien sur une base sincère, auprès de contacts/communautés qui nous correspondent, avec l’objectif de partager, échanger, bénéficier d’un regard extérieur. Et s’entraider pour se donner envie et les moyens d’oser par exemple !
Anne-Laure Divoux, coach et formatrice au CEP